Je culpabilise de ne pas réussir à avoir un enfant… alors que, pour d’autres, cela semble si simple
- Pascale Antignac
- il y a 11 minutes
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Une annonce de grossesse dans la famille. Une amie qui attend son deuxième enfant. Une femme enceinte croisée dans la rue. Une conversation qui commence par : « Et vous, c’est pour quand ? »
Lorsque le désir d’enfant se heurte à l’infertilité ou à un parcours de PMA, des situations qui pourraient sembler ordinaires peuvent devenir profondément douloureuses.
Et avec cette douleur arrive parfois une émotion dont on parle moins : la culpabilité.
« Pourquoi mon corps n’y arrive-t-il pas ? »« Est-ce que j’ai fait quelque chose de mal ? »« Pourquoi est-ce si simple pour les autres et si compliqué pour moi ? »
À force d’examens, de traitements, d’attentes et parfois d’échecs, une confusion peut peu à peu s’installer :
ne pas réussir à avoir un enfant devient parfois, intérieurement, le sentiment de ne pas être à la hauteur.
Pourtant, une infertilité n’est pas une faute. Et un parcours de PMA ne devrait jamais devenir une mesure de votre valeur en tant que femme.
Quand la comparaison nourrit la culpabilité
Il suffit parfois d’une annonce de grossesse pour que tout remonte.
On est heureuse pour l’autre… et en même temps profondément triste pour soi.
Et cette coexistence de deux émotions peut elle-même devenir source de culpabilité.
« Je devrais être heureuse pour elle. »« Pourquoi est-ce que je ressens de la jalousie ? »« Je ne me reconnais plus. »
Pourtant, être bouleversée par la grossesse d’une autre femme ne signifie pas que l’on ne se réjouit pas pour elle.
Sa grossesse vient simplement toucher l’endroit précis où notre propre désir reste, pour l’instant, sans réponse.
La comparaison peut alors devenir douloureuse.
Pourquoi elle et pas moi ?Pourquoi certaines femmes semblent-elles devenir enceintes sans même y penser, alors que mon quotidien est rythmé par les examens, les traitements et les rendez-vous ?
Et plus le parcours dure, plus le monde peut sembler se diviser en deux : celles pour qui cela paraît simple… et soi.
Alors parfois, on s’éloigne. On décline une invitation. On redoute les repas de famille. On évite certaines conversations ou les réseaux sociaux.
Non pas parce que l’on n’aime plus les autres.
Mais parce que l’on essaie aussi de se protéger.
Et peut-être que la première chose à s’autoriser est justement celle-ci : ne pas culpabiliser d’avoir mal face au bonheur des autres.
Quand « mon corps n’y arrive pas » devient « je n’y arrive pas »
En PMA, le corps est au centre de presque tout.
On surveille les cycles. On mesure les taux hormonaux. On compte les follicules, les ovocytes, les embryons. On attend une réponse au traitement, une fécondation, une implantation, un résultat.
Peu à peu, le corps peut donner l’impression d’être évalué en permanence.
Il a « bien » ou « mal » répondu. Il a produit suffisamment… ou pas assez. L’embryon s’est implanté… ou non.
Et lorsque les tentatives se succèdent sans aboutir, il est facile de passer de :
« Mon corps n’y arrive pas »
à :
« Je n’y arrive pas. »
Comme si le résultat du parcours devenait aussi un jugement sur soi.
Certaines femmes commencent alors à se sentir défaillantes, à en vouloir à leur corps, parfois même à ne plus lui faire confiance.
Pourtant, vous n’êtes pas un taux, un nombre d’ovocytes, un embryon qui s’implante ou ne s’implante pas.
Et une tentative qui échoue ne fait pas de vous une femme qui échoue.
Cette distinction peut sembler évidente lorsqu’on la lit.
Elle l’est beaucoup moins lorsqu’on vit depuis des mois, parfois des années, au rythme de résultats qui semblent décider à chaque fois si l’on peut encore espérer.
Votre corps traverse le parcours de PMA avec vous. Il n’est pas votre adversaire.
La culpabilité cherche un responsable
Lorsque quelque chose nous échappe, notre esprit cherche naturellement à comprendre pourquoi.
Et lorsqu’aucune réponse claire n’existe, il arrive que nous nous tournions vers nous-mêmes.
« J’aurais dû essayer plus tôt. »« J’ai peut-être trop attendu. »« Je suis trop stressée. »« Je devrais réussir à lâcher prise. »« Je n’ai peut-être pas assez fait attention à mon alimentation. »« Si j’arrivais à être plus positive, peut-être que ça fonctionnerait. »
Comme si, quelque part, il devait forcément exister quelque chose que nous avons mal fait.
Et les conseils reçus de l’entourage peuvent parfois, malgré de bonnes intentions, renforcer ce sentiment :
« Arrête d’y penser. »« Il faut lâcher prise. »« Tu verras, ça arrivera quand tu t’y attendras le moins. »
Des phrases qui peuvent laisser entendre que si la grossesse n’arrive pas, c’est peut-être parce que nous n’avons pas encore réussi à adopter la « bonne » attitude.
Mais une infertilité n’est pas la conséquence d’un manque de volonté, de pensées insuffisamment positives ou d’une incapacité à lâcher prise.
Et vous n’avez pas à réussir parfaitement votre parcours de PMA.
Vous avez le droit d’avoir peur. D’être en colère. D’être triste. D’en avoir assez. D’espérer très fort un jour et de ne plus y croire le lendemain.
Ces émotions ne font pas de vous la responsable de ce qui vous arrive. Elles disent simplement combien ce désir d’enfant compte pour vous.
S’accompagner sans se rendre coupable
Se faire accompagner pendant un parcours de PMA ne signifie pas chercher en soi la raison pour laquelle la grossesse n’arrive pas.
Ce n’est pas partir à la recherche d’une faute, d’un blocage ou de quelque chose qu’il faudrait absolument « réparer » pour enfin réussir.
C’est d’abord s’offrir un espace où l’on peut déposer ce que ce parcours fait vivre.
La peur de l’échec. La colère. La fatigue. Le sentiment d’injustice. La difficulté à reconnaître son propre corps. La peur, parfois, de ne jamais devenir mère.
C’est aussi pouvoir regarder ce que cette expérience vient rencontrer dans notre histoire, nos peurs, nos croyances ou notre manière habituelle de nous protéger.
Non pas pour se rendre responsable de ce qui arrive, mais pour ne pas avoir à porter seule tout ce que le parcours vient remuer.
Un accompagnement thérapeutique peut alors permettre de remettre de la conscience là où tout semble parfois se confondre : le désir d’enfant, les résultats médicaux, l’image de soi, la relation au corps, l’espoir et la peur.
Et progressivement, retrouver un peu d’espace intérieur.
Parce qu’il est possible de prendre soin de ce que la PMA fait vivre, même lorsque l’on ne peut pas encore savoir quelle en sera l’issue.
Quelques questions à se poser
Lorsque la culpabilité prend beaucoup de place, il peut être utile de s’arrêter un instant et de se demander :
De quoi est-ce que je me sens réellement coupable dans ce parcours ?
Est-ce que je me reproche aujourd’hui des décisions que j’ai prises avec les informations, les possibilités et la personne que j’étais à ce moment-là ?
Si une femme que j’aime vivait exactement la même histoire que moi, est-ce que je lui parlerais comme je me parle aujourd’hui ?
Vous n’avez pas choisi que ce chemin vers la maternité soit aussi difficile.
Vous n’avez pas à porter, en plus des traitements, des attentes et de l’incertitude, le poids d’une faute qui n’existe pas.
Peut-être que l’un des premiers pas consiste simplement à remplacer peu à peu cette question :
« Qu’est-ce que j’ai fait de mal ? »
par une autre :
« De quoi ai-je besoin pour prendre soin de moi dans ce que je suis en train de traverser ? »